Modèle de calcul · pas un cas client · Paris
Ce qu’il reste à un restaurant parisien sur chaque commande en livraison
Ce n’est pas un client : c’est un modèle de calcul construit sur des chiffres habituels pour un restaurant de cette taille à Paris. On prend une adresse de quartier qui vend sur les applications, on lui donne un ticket moyen, un volume de commandes, un coût matière et un budget publicitaire plausibles, et on fait la soustraction entière — commission, TVA, matière, emballage, promotions — jusqu’à voir ce qu’il reste avant le personnel, le loyer et les impôts. Changez les hypothèses et le résultat change ; ce qui ne change pas, c’est l’ordre des soustractions.
Le restaurant du modèle
Il n’y a aucune adresse derrière cette page. C’est un profil construit exprès : la taille la plus fréquente chez les restaurants qui vendent en livraison dans un arrondissement dense, avec une petite salle et une part de l’activité déjà basculée sur les applications. Des maisons de ce profil, il y en a des centaines, des Batignolles au Marais, et c’est pour cela que les comptes ci-dessous parlent à beaucoup de monde.
- Nature du document
- Modèle de calcul sur des chiffres habituels, pas un cas client
- Profil
- Bistrot de quartier, cuisine de saison, 40 couverts en salle
- Secteur
- Les Batignolles, avec une zone de livraison vers les Épinettes et la place de Clichy
- Plateformes
- Uber Eats, de loin la plus grosse en France, et Deliveroo
- Volume du modèle
- 550 commandes par mois par les applications
- Ticket moyen
- 31,90 € TTC, soit 29,00 € HT
Le point de départ
Commencez par une seule commande, parce que c’est là qu’on voit le mécanisme. Le client paie 31,90 € pour la nourriture. Là-dedans, 2,90 € sont de la TVA collectée au taux de 10 % qui s’applique à la vente à emporter et à la livraison, et cet argent n’appartient au restaurant à aucun moment : il est reversé. La base de la commande, le chiffre sur lequel il faut faire tous les calculs, est de 29,00 € HT.
- Montant de la commande
- 31,90 € TTC — ce que voit le client dans l’application
- TVA collectée (10 %)
- 2,90 € — ce n’est pas du chiffre d’affaires
- Base de la commande
- 29,00 € HT
- Commission (28 % dans ce modèle)
- −8,12 € sur la base. C’est une hypothèse du modèle, pas le tarif d’une plateforme
- Coût matière (30 %)
- −8,70 €
- Emballage et consommables
- −1,10 €
- Publicité, répartie par commande
- −1,50 €
- Promotions prises en charge, par commande
- −0,70 €
- Il reste par commande
- 8,88 € avant le personnel, le loyer et les impôts
Les deux dernières soustractions ne sont pas des coûts de cette commande-là : ce sont le budget publicitaire du mois et les promotions prises en charge, répartis sur toutes les commandes du mois. Ils figurent ici parce qu’un restaurant ne décide pas de dépenser en publicité commande par commande, mais paie la facture quand même.
Multiplié par les 550 commandes du mois, le modèle donne ceci :
- Encaissé par les applications : 17 545,00 € TTC, dont 15 950,00 € de base HT et 1 595,00 € de TVA collectée.
- Commission : 4 466,00 €. La plateforme facture en plus 893,20 € de TVA à 20 % sur sa commission ; au régime réel cette TVA est déductible, mais elle sort de la trésorerie le jour où elle est payée. Vérifiez avec votre expert-comptable avant de le tenir pour acquis.
- Coût matière : 4 785,00 €, soit 30 % de la base.
- Emballage et consommables : 605,00 €.
- Publicité sur les applications : 825,00 € de budget mensuel.
- Promotions prises en charge : 385,00 €, sur 110 commandes à 3,50 € en moyenne.
- Il reste : 4 884,00 € par mois, soit 30,62 % de la base.
Sur ce reste, il faut encore sortir la cuisine, la salle, le loyer et les impôts. C’est le chiffre que presque personne ne calcule avant de signer, et c’est lui qui décide si la livraison rapporte ou coûte de l’argent.
La commission est le levier le plus bruyant du calcul. En Europe, les taux tombent en général dans la fourchette de 25 à 30 % du montant de la commande, et ce modèle en retient 28 % — un chiffre qui n’est le tarif d’aucune plateforme en particulier. À ventes identiques, 25 % laisserait 5 362,50 € et 30 % laisserait 4 565,00 € : 797,50 € d’écart par mois, plus de 16 % de ce qu’il reste au restaurant. C’est pour cela que la première facture à lire en entier est celle de la plateforme, pas celle du fournisseur.
Ce qui change dans le modèle
Maintenant le même calcul avec cinq changements sur la fiche et sur les prix. Dans ce modèle, personne n’intervient en cuisine : les recettes, les fournisseurs et la carte de la salle restent tels quels.
- 1 · La carte, réécrite pour la recherche dans l’application
- Des noms et des descriptions construits avec les mots que les gens tapent vraiment dans la barre de recherche, et des catégories rangées comme achète quelqu’un qui a faim, pas comme raisonne la cuisine. C’est la partie qui fait bouger le nombre de commandes sans toucher à un seul prix.
- 2 · Des prix de livraison calculés depuis la marge
- Les prix de l’application cessent d’être ceux de la salle et se fixent à partir de ce qui reste après la commission, l’emballage et les promotions. Dans ce modèle, cela fait passer, avec les formules, la base moyenne de la commande de 29,00 € à 32,00 € HT — 35,20 € TTC pour le client —, soit 10,3 % de plus.
- 3 · Des formules qui montent le panier sans brader le plat
- La commande plus grosse devient le choix évident, et ce qu’on y ajoute porte assez de marge pour payer sa propre remise. Le coût matière par commande monte à 9,45 € parce que le client emporte plus de nourriture, mais il baisse en pourcentage : de 30,0 % à 29,5 % de la base.
- 4 · Une publicité mesurée à la commande, pas à l’impression
- Le budget passe de 825,00 € à 1 320,00 € par mois, et il ne tient que tant que le coût par commande attribuée reste sous ce que cette commande laisse. Monter le budget sans cette condition est la façon la plus rapide d’acheter du volume qui ne se paie pas.
- 5 · Des promotions bornées
- Les remises cessent d’être permanentes et couvrent une commande sur quatre, à 4,00 € en moyenne. Elles coûtent plus cher au total, 660,00 € par mois, parce qu’il y a plus de commandes, mais elles cessent de s’appliquer à ceux qui allaient commander de toute façon.
Le résultat du modèle
Ce n’est pas un client : c’est un modèle de calcul construit sur des chiffres habituels pour un restaurant de cette taille à Paris. Avec les cinq changements, le modèle passe de 550 à 660 commandes par mois et de 29,00 € à 32,00 € de base par commande. La base mensuelle monte à 21 120,00 € et la soustraction donne ceci : 5 913,60 € de commission, 6 237,00 € de matière, 759,00 € d’emballage, 1 320,00 € de publicité et 660,00 € de promotions.
4 884,00 €
Point de départ, par mois
Ce qu’il reste sur 550 commandes, avant le personnel, le loyer et les impôts.
6 230,40 €
Le modèle après les changements
Le même calcul avec 660 commandes et 32,00 € de base : 9,44 € par commande.
30,6 % → 29,5 %
Ce qui reste sur la base
Le pourcentage baisse un peu : une partie de la croissance a été achetée.
L’écart fait 1 346,40 € de plus par mois, soit 27,6 % au-dessus du point de départ. Mais la base a monté de 32,4 %, plus que le reste, et le pourcentage qui reste descend de 30,62 % à 29,50 %. Cet écart-là, c’est la partie honnête du modèle : une part de la croissance a été achetée, avec du budget publicitaire et des remises, et elle se paie en points de marge. Travailler la fiche fait grandir l’activité ; la marge unitaire, elle, dépend de trois autres choses — le prix, le coût matière et la commission —, et celles-là se traitent à part.
Nous insistons, parce que la page vit dans la rubrique des cas clients et peut se lire de travers : il n’y a eu aucun projet ici. Personne n’a géré ce compte, ce restaurant n’existe pas et aucun chiffre ne provient du tableau de bord d’un client. C’est de l’arithmétique sur des hypothèses déclarées, faite pour que vous la refassiez avec les vôtres.
Ce qui est mesurable ici, et ce qui ne l’est pas
Un modèle vaut par ce qu’il sépare. Ces lignes-là se vérifient contre un document ; les autres, non.
- Mesurable. La commission et sa TVA, parce qu’elles figurent sur la facture de la plateforme. Le coût matière, s’il existe une fiche technique par plat. L’emballage, s’il y a des bons de livraison. Le budget publicitaire et les commandes que la plateforme lui attribue. Le nombre de commandes, le ticket moyen et la TVA collectée, qui sortent du rapport de l’application.
- Estimé, pas mesuré. Le partage de la croissance entre ce qu’apporte la carte réécrite et ce qu’apporte le budget : les applications ne le séparent pas, et quiconque vous annonce le pourcentage exact l’invente.
- Hors du modèle. La note et les avis, qui font bouger la conversion pendant des semaines et n’entrent pas dans une soustraction mensuelle. La saisonnalité, très marquée à Paris entre la rentrée et le mois d’août. La cannibalisation de la salle, quand le même client commande chez lui au lieu de descendre dîner. Et les heures de quelqu’un de l’équipe qui passent à gérer deux applications à la fois.
- Non comparable d’une plateforme à l’autre. Ce calcul se fait par compte, pas par marque : les conditions changent selon le restaurant, le niveau de service et le pays, et une même carte ne rend pas la même chose sur deux applications différentes.
Méthode
- D’où viennent les chiffres
- De fourchettes publiques du marché européen et de l’ordre de grandeur qui revient dans les comptes de restauration que nous gérons, arrondi à des valeurs habituelles. Aucun chiffre de cette page ne provient du compte d’un client précis, et aucun ne décrit un projet que nous aurions mené à Paris.
- Les hypothèses que nous avons fixées
- Commission de 28 %, à l’intérieur de la fourchette courante de 25 à 30 % en Europe et sans l’attribuer à une plateforme en particulier. TVA de 10 % sur la nourriture et de 20 % sur la commission de la plateforme. Coût matière à 30 % de la base au point de départ. Emballage à 1,10 € par commande au point de départ et à 1,15 € une fois les formules en place, la commande étant plus grosse. Tout cela est une hypothèse, pas une donnée.
- Le contexte du marché français
- La livraison française tient sur deux plateformes : Uber Eats, de loin la plus grosse, et Deliveroo. Just Eat a arrêté son activité en France en décembre 2024, et ni Glovo ni Bolt Food n’y opèrent. Cela change les arbitrages de visibilité, mais pas l’ordre des soustractions : le restaurant paie toujours une commission sur le montant de la commande.
- Ce que cette page n’est pas
- Ce n’est pas un cas client, ce n’est pas une prévision pour votre restaurant et ce n’est ni un conseil fiscal ni un conseil comptable : les taux de TVA sont cités comme un fait général et vous devez les vérifier avec votre expert-comptable. Elle ne publie pas non plus les conditions commerciales d’une plateforme. Ce qu’elle est, en revanche : un gabarit de raisonnement dans lequel vous pouvez remplacer six cases par les vôtres.
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